Rouvrir les futurs
L’avènement de la modernité occidentale a eu comme caractéristique majeure la promesse d’un futur marqué par un progrès dans tous les domaines de la vie sociale. Dans ce régime d’historicité, les temps à venir étaient marqués par la promesse d’un mieux-être. La modernité occidentale malgré ses indéniables progrès en termes de libertés publiques, d’avancées technologiques et de modernisation de la vie sociale, a vu la foi en un progrès résultant d’une marche ascendante de l’histoire humaine s’affaisser.
Après la Grande dépression, Auschwitz, Hiroshima et le Goulag, le métarécit d’un progrès de l’Humanité porté par la Raison se grippe. Les crises et multiples distopies qui ont accompagné le règne de la raison instrumentale ont fini de saper la croyance en de lendemains meilleurs. Ils ont également conduit en Occident à un rapport au temps caractérisé par une hypertrophie du présent, que l’historien François Hartog nomme le présentisme. La postmodernité, caractérisée par un excès de présentisme, est devenue un temps marqué par un futur sans promesse, si ce n’est celui d’éviter les catastrophes multiples qu’il promet (crise écologique, déliaison des sociétés, catastrophes sanitaires, insécurités croissantes). La fin décrétée des Utopies depuis l’échec des grands récits promettant l’avènement de temps nouveaux (communismes, socialismes, …) semble caractériser notre époque.
Les seules anticipations qui semblent encore opérer sont celles d’un futur technologique ou d’un post-humanisme.
Cette question du futur, pour des sociétés considérées comme en retard sur la marche normale du monde (Afrique, Amérique Latine, …), se pose quelque peu différemment. A celles-là, l’on continue de faire la promesse d’un développement économique, d’une démocratie et d’une modernité sociétale à venir où à conquérir. Ces téléologies rétroactives les inscrivent dans un rapport de mimétisme sociétal et les maintiennent dans le mythe d’une marche linéaire de l’histoire et du progrès. Ces sociétés sont sommées de franchir des étapes et d’atteindre des états sociétaux que d’autres sociétés ont déjà atteintes, comme si le seul destin qui leur était envisageable était de reproduire l’unique modèle sociétal occidental qui s’offre en exemple. Leurs différences, leurs singularités sociohistoriques, leurs temporalités ; leur rapport au présent, passé et futur sont ainsi niées et lues sous l’unique modalité du retard. C’est dans ce contexte que je souhaite réfléchir sur ce que signifierai pour ces pays de rouvrir leurs futurs, mais également pour les sociétés postmodernes Euraméricaines.
Pour les nations africaines, la question de penser leur destin (leur présent et leur futur) est cruciale. Le penser en mobilisant leurs univers mythologiques, leur histoire, leurs références culturelles, leur capital symbolique. Dans cette entreprise, il s’agit moins de se distinguer dans un repli identitaire ou de prôner une pureté imaginaire, que de se fonder sur des ressources culturelles existantes, afin d’en extraire les éléments vitaux. Un avenir ne peut s’envisager hors sol, loin des sucs et des alluvions de ses terres et de ses soleils. Toute société, culture ou civilisation, transmet un héritage et perpétue une matrice culturelle dépositaire de son identité dynamique à travers le temps, en la transformant au gré des évolutions du monde.
Aussi, il s’agit de faire droit à la pluralité des histoires. Il est impossible de concevoir une histoire unique pour toutes les sociétés humaines. Il s’agit de sortir de l’eurocentrisme attaché au schémas linéaire et progressiste de l’Histoire, ainsi que du maitre-récit de l’Europe condamnant tous les autres peuples du monde à emprunter le chemin tracé par celui-ci ou à en être une triste répétition. Admettre la pluralité des manières d’être collectives, des formes de vie sociétales, des modalités de productions d’être que sont les cultures, ainsi que la possibilité des plusieurs mondes dans le monde[1].
L’analyse de l’histoire des sociétés pour être complète, doit aussi articuler différentes échelles (globales, transnationales, régionales, locales) qui se compénètrent et permettent de rendre compte des phénomènes étudiés[2]. L’histoire montre que les sociétés ont leurs trajectoires, leurs perspectives, leurs dynamiques, leurs temporalités propres, qui peuvent être connectées à d’autres.
Avant d’envisager plus en avant les questions liées aux futurs. Arrêtons-nous un peu sur le présent et la manière dont la contemporanéité des sociétés africaines est dépeinte. Le présent du continent africain est fréquemment représenté sous la modalité de la dystopie. Lui est appliqué les catégories d’évaluation du bien-être social relevant de l’économicisme qui depuis le 18ème siècle a usurpé le lexique de l’évaluation du bien-être social. Les dimensions relevant de la culture, de la psychologique, de la relationnalité, de la qualité des liens avec le vivant, sont généralement absentes dans le lexique évaluant le bien être des sociétés. D’ailleurs, notre époque est caractérisée par une obsession de l’évaluation, de l’abstraction statistique du réel, de la quantification comme élément majeur de la signification. Tout ceci relevant de la désormais prépondérance du lexique managérial pour qualifier la vie sociale.
Pourquoi est-il nécessaire de rouvrir les futurs ? Pour sortir d’un temps sans promesse. Construire du sens ou une téléonomie pour les sociétés est fondamental. Les sociétés ont besoin de s’approprier leur présent et leur futur et l’investir de sens. Peut-on le faire sans réactiver le mythe du progrès ? Les temps à venir sont toujours ceux d’un surgissement des possibles. Mais ces derniers sont souvent porteurs de dynamiques contradictoires ; on note concomitamment des avancées (techniques, sociétales, …), mais aussi des reculs (crise écologique, génocides, formes de domination et de destruction…).
La difficulté est de configurer les futurs, car ceux-ci sont souvent inédits et n’adviennent pas forcément dans des formes connues. Mais ils peuvent cependant être porteurs d’un désir de mieux-être collectif, d’une intentionnalité et d’une énergie potentielle (par exemple, en soignant la qualité de la relation avec le vivant en la réinvestissant de qualité, on ouvre des futurs).
Comment inventer un régime d’historicité qui rompt avec une vision téléologique[3] de l’histoire d’une part, et qui d’autre part, en finit avec le présentisme qui est une atrophie du passé et une négation du futur ? Le présentisme en décrétant par exemple la fin de l’histoire (Fukuyama) a pour conséquence non seulement d’annihiler tout futur, en rendant vaine toute possibilité d’action, mais perpétue l’état présent des choses (les inégalités présentes et les systèmes de domination actuels).
Une voie possible consiste à historiciser les évènements en montrant que ce qui semble être « naturel », établi, ou aller de soi est le produit d’un processus complexe, d’une histoire, de mouvements, de dynamiques résultant d’une construction sociale et de ce fait pouvant être déconstruites.
Un rapport repensé à ses ressources culturelles
Pour le continent Africain rouvrir le futur passe d’abord par un rapport réinventé avec ses traditions, ses ressources culturelles en évitant les écueils de la fétichisation et de la haine de soi. Celui-ci permet une remobilisation d’un capital symbolique ayant un pouvoir de germination et de réactivation de ses ressources culturelles et sociales.
Les sociétés africaines sur la longue durée de leur histoire ont su tisser et retisser le lien social et faire société. Elles ont produit des innovations sociétales majeures et fécondes qui leur ont permises de faire face aux défis de leur longue et complexe histoire. Il ne s’agit pas ici d’en faire toute la liste et de rentrer dans un régime de la preuve. Mais juste de souligner, que ce soit dans les domaines de la justice (juridictions de la parole, justice réparatrice), dans celui du règlement des conflits, de la création de la communauté et des philosophies morales qui la maintiennent (Ubuntu,…), de l’intégration de l’autre et de la différence (notion de la parenté, de la famille élargie) ; il existe dans ces sociétés un important répertoire de ressources qui permettent non seulement de répondre aux défis actuels, mais qui pourrait inspirer d’autres lieux en recherche de reliaison sociale et de reconstruction du politique.
Cependant, rouvrir les futurs c’est également réinventer les formes actuelles du politique et de l’économique sur le Continent. La plupart des nations africaines accèdent à l’indépendance au tournant des années 1960. Du point de vue de l’organisation politique, la plupart de ces états ont adopté le système de la démocratie représentative et ses modalités de choix de ses représentants et dirigeants. L’efficacité de ce modèle d’organisation politique est questionnable. La récurrence des crises politiques résultant des processus électoraux sur le continent Africain nous amène à nous demander si ce mode d’organisation politique y est définitivement établi. Par ailleurs, les éléments fondamentaux d’une démocratie substantielle, allant au-delà de l’organisation formelle d’élections, font cruellement défaut. Ceux-ci sont un système opérant de contre-pouvoirs, l’existence d’espaces délibératifs permettant la participation du plus grand nombre aux décisions politiques, l’existence d’un contrat social fondé sur un partage équitable du bien-être.
Il est à noter que la démocratie dite représentative est en crise partout. En Europe et aux USA, elle est prise en otage par diverses oligarchies (économiques et financières, élites intellectuelles et médiatiques). L’on est fondé à se poser la question de savoir si elle ne s’est pas vidée de son contenu véritable, particulièrement lorsqu’elle est amenée à promouvoir la xénophobie, le sexisme et la vulgarité (USA/Trump) et qu’elle n’autorise plus une pluralité d’options économico-politiques ainsi qu’une réelle participation des citoyens aux décisions les concernant. Aujourd’hui au Burkina-Faso et en Tunisie, ou une société civile et culture démocratique émergent, le désir de démocratie dans ces lieux a été le fruit de révolutions populaires qui ont mis fin à des régimes dictatoriaux. Les formes d’organisation du politique qui émergent dans ces espaces, vont se construire et se consolider dans la non-linéarité de leur histoire sociale et politique. Ces productions endogènes du politique sont intéressantes à observer ainsi que les promesses de réinvention qu’elles portent en elles.
De la Nécessité de réinventer des formes politiques
Les sociétés africaines doivent réinventer les formes de leurs modes d’organisation politique et ancrer leurs institutions dans leur histoire et leurs dynamiques culturelles. Il s’agit pour elles de produire leurs propres formes représentatives, délibératives et participatives. L’Afrique précoloniale a expérimenté des formes variées de participation politique basées sur la catégorie socioprofessionnelle, la classe d’âge, …. Comment produire au niveau collectif une parole qui opère ? Comment permettre la participation du plus grand nombre aux choix politiques et processus de décision ? La pluralité d’expériences historiques que recèle le monde pourrait servir de source d’inspiration.
L’idée est de construire des collectivités humaines qui contrôlent leur destinée et la configurent. Il s’agit pour les pays Africains de repenser le modèle de l’Etat-Nation. Ce dernier a émergé en Europe après le traité de Westphalie (1648) établi pour mettre fin aux guerres de religion. Les nations européennes de l’époque étaient assez homogènes du point de vue ethnique et confessionnel, et il était relativement facile de superposer une nation sur un territoire. Dans le contexte Africain, où il y a une grande diversité ethnique et où les territoires sont mobiles et fluctuants, on peut interroger la pertinence de la forme Etat-nation. En somme, il est indispensable pour le continent Africain de penser des formes d’organisation politique issues de sa longue et complexe histoire sociale (processus de légitimation des représentants, organisation des pouvoirs et contrepouvoirs). Il lui faut aussi penser des formes de gouvernance qui ne soient pas obligatoirement liées à l’Etat. Plusieurs formes d’autogestion existent déjà sur le Continent et sont ancrées dans les productions du politique et du social de plusieurs groupes sociaux.
De la nécessité de réinventer l’économique
Il s’agit de partir du constat de la crise de l’économie dominante, de penser l’économie comme un processus culturel ainsi que la nécessité de réinventer son rapport au champ social.
Le contexte qui est le nôtre est celui d’une économie néolibérale en crise. Les symptômes de cette crise sont les inégalités persistantes et l’incapacité de la plus grande partie du globe à satisfaire dignement ses besoins fondamentaux, dans ce système. Aussi, la crise n’est pas tant liée aux épisodes de crises financières (2008). Elle est liée au fait que l’économie dominante ne remplit pas sa mission fondamentale : contribuer à accroitre le bien être du plus grand nombre. Ses principaux traits sont une mondialisation des échanges, qui en réalité consiste en une privatisation des gains de l’échange marchand et une mutualisation de ses risques et effets négatifs (anthropocène, dérèglement climatique, crise écologique). La crise de l’économie néolibérale est fondamentalement une crise de sens et de ses finalités qui est enracinée dans une cosmologie mécaniciste et une vision utilitariste, issue de l’épistémè du 19ème siècle européen (ordre, progrès, rationalité). Le discours économique fonctionne des lors comme un écomythe dans les sociétés modernes (industrielles) ayant pour fonction l’ordonnancement du réel selon le récit qu’elle en fait.
L’Afrique peut et doit être un terrain privilégié d’expérimentation de cette réinvention de l’économique. Le continent Africain n’est pas fortement engagé dans l’aventure industrielle du 20ème siècle, ses sociétés pratiquent depuis fort longtemps des formes d’économicité fondées sur la circularité et l’économie relationnelle ; les défis auxquels le Continent fait face l’oblige pour le temps présent et le siècle à venir à repenser les catégories du travail, de l’échange marchand, de la production, ainsi que les fins de l’économie. Il s’agit :
- D’interroger les formes d’économicités pratiquées dans les pays africains et indiquer en quoi elles sont créatives, innovantes et pourraient constituer des pistes pour repenser l’économique de manière globale. Il est plus que nécessaire d’entamer une sérieuse réflexion sur le post-capitalisme
- L’agir économique dans les sociétés Africaines est enchâssé dans les socio-cultures respectives. L’économique n’est pas un ordre séparé. Il a comme caractéristique la circularité, et la réciprocité. Dans les sociétés africaines traditionnelles, l’économique était inclus dans un système social plus vaste. Il obéissait certes à ses fonctions classiques (subsistance, allocation des ressources…) mais était surtout subordonné à des finalités sociales, culturelles et civilisationnelles
- Les Institutions économiques sont toutes des inventions historiques (l’épargne, le crédit), elles n’ont rien d’universel et ne sont pas des produits purs de la raison. Il s’agit d’historiciser leur genèse et de montrer que les que les jeux ne sont pas faits une fois pour toute. Le capitalisme dans sa version néolibérale n’est pas inéluctable. Ce n’est pas une alternative globalisante qui fera échec au système, mais des singularités. La mondialisation a opéré un long labeur d’uniformisation et produit une sorte de culture économique universelle indifférenciée. Lui fera face tout ce qui garde une altérité irréductible. Face à une culture de basse fréquence et résolution, opposer une culture de haute définition.
Uchronies et contrefactuels
J’aimerai terminer en soulignant l’importance de l’imaginaire dans les processus de création du réel. Cornelius Castoriadis a montré que les sociétés s’instituent d’abord dans leurs espaces imaginaires. Ceux-ci jouent un rôle fondamental dans la configuration des futurs envisageables. Le raisonnement contrefactuel, c.-à-d. le fait d’imaginer ce qu’il se serait passé « si » les choses s’étaient déroulées autrement, ouvre la possibilité d’autres présents et d’autres futurs. L’Histoire contrefactuelle, l’uchronie, consiste à modifier un élément du passé et à imaginer ce qui aurait pu se passer si cela s’était passé autrement, et donc ce qui pourrait advenir d’autre. Le raisonnement contrefactuel teste la relation entre ce qui est et ce qui aurait pu être. S’intéresser aux futurs possibles non advenus, aux projets avortés, aux idéaux non atteints, permet de remettre en cause l’idée d’une linéarité de l’histoire et d’un temps qui s’écoule et qui est orienté vers un sens, un but, une finalité précise. Ceci renfonce l’idée que les faits (événements) auraient pu être différents ; ce qui est advenu, ce présent que nous vivons, n’est qu’une occurrence de possibilités plurielles ; et donc que ce qui peut advenir demeure ouvert. Les fictions uchroniques permettent de révéler les différentes potentialités du passé ainsi que la création de voies temporelles alternatives. Elles permettent de voir l’Histoire du point de vue de ses possibles, mais permettent aussi la reprise de processus d’émancipation non achevés.
L’histoire de ce qui a échoué hante ce qui peut naître. « L’inaccompli bourdonne d’essentiel » affirme René Char. Les futurs non advenus, les utopies/rêves ont été réactivées à différents moments de l’histoire. Beaucoup de luttes de libérations ayant abouties sont la reprise de tentatives précédentes ayant échouées et desquelles elles ont appris (FPR, Rwanda 1973, 1990, 1990, 1994). L’Histoire contrefactuelle dès lors qu’elle permet une réactivation du pouvoir des utopies, est un puissant moteur de changement.
Conclusion
Ces dernières décennies, les futurs des pays africains ont été capturés par l’inscription de leurs téléologies dans l’idée de rattrapage des pays du nord par une mimésis sociétale. Rouvrir les futurs pour les pays africains est une tâche qui s’accomplit d’abord dans l’espace de la pensée et de l’imaginaire. Pour donner naissance à une communauté imaginée, il est fondamental de reconstruire les récits sur l’Afrique (évaluation de son présent et métaphores de ses futurs) ainsi que de produire les savoirs nécessaires aux types de sociétés que les africains veulent établir (la question épistémologique). Il s’agit de sortir des injonctions civilisationnelles que sont le progrès, le développement, et la modernité, et permettre l’advenue de futurs non configurés et d’un autre régime d’historicité, mais qui portent en eux les aspirations fondamentales des populations africaines.
Une profonde mutation culturelle est en cours sur le continent Africain. L’Afrique peut devenir un continent-laboratoire et réinventer dans ses espaces, l’économique, le politique et le culturel. Elle dispose de tous les atouts pour cette réinvention : la jeunesse, l’espace, les ressources, et le fait qu’elle n’est pas totalement engagée dans l’aventure industrielle du 20ème siècle. Elle peut donc faire différemment et proposer un équilibre différent entre les ordres économiques écologiques, politiques et culturels. En dégageant de nouveaux horizons d’attente, elle pourrait ouvrir ses espaces du possibles à des univers infinis.
[1] Jérôme Baschet : « Défaire la Tyrannie du présent. Temporalités émergentes et futurs inédits ». Editions la Découverte 2018
[2] Par exemple, si on travaille sur l’histoire de l’impact de la traite atlantique au Sénégal au 18ème siècle, il est nécessaire d’articuler les dynamiques atlantiques (histoire de l’Europe, des rivalités entre puissances européennes, et de son « expansion », du commerce…) et locales (royaumes « précoloniaux », stratifications sociales, jeux de pouvoir…) pour comprendre comment les sociétés ont réagi/répondu ; ont été impactées par la Traite. Comment un type de pouvoir, des formes de domination se mettent en place, s’organisent et se reproduisent.
[3] Celle-ci a par exemple justifié le fait colonial en fixant un horizon d’attente pour les colonisateurs qui était de civiliser les autres nations et de conquérir des espaces
