Le Laboratoire
de la Pluralité Épistémique
et du Réel

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Les transformations contemporaines des sociétés africaines mettent en évidence les limites des cadres épistémologiques dominants dans la compréhension du réel et dans la production de réponses adaptées aux enjeux sociétaux[1]. Dans ce contexte, le Laboratoire de la Pluralité Épistémique et du Réel (LPER) s’inscrit dans une démarche visant à élargir la géographie des savoirs qui permettent de mieux appréhender les dynamiques des sociétés africaines. Il s’agit pour cela de reconnaître et d’articuler la diversité des modes de connaissances et d’approches du réel existant en leur sein. La perspective du laboratoire est celle d’une recherche post-abyssale[2], celle-ci s’intéresse prioritairement aux savoirs qui émancipent les individus et qui impactent l’amélioration de leurs conditions de vie.

Le travail du Laboratoire repose sur le postulat selon lequel la pluralité des savoirs constitue non seulement un fait anthropologique, mais également une ressource épistémique et pratique pour le mieux-être, la dignité et l’émancipation des individus et des communautés.

Le Laboratoire de la Pluralité Épistémique et du Réel est conçu comme un espace transdisciplinaire de production de connaissances. Ses travaux se fondent sur l’idée de la pluralité épistémique, entendue comme la coexistence et l’interaction de multiples formes de savoirs (scientifiques, endogènes, expérientielles, incorporées, tacites et explicites).

A contrario d’une conception hiérarchique des savoirs, il vise à créer un espace dialogique, d’interaction et de complémentarité entre différentes formes de connaissance afin de produire des savoirs opérants susceptibles d’agir sur le réel et de nourrir des pratiques sociales transformatrices.

Le LPER encadre des travaux de recherche (mémoires, thèses, articles, monographies) s’inscrivant dans les thématiques du programme. Ceux-ci contribuent à la production conceptuelle du laboratoire. Deux thèses sont en cours et font le lien entre la Pluriversité Africaine des Savoirs et le milieu académique sénégalais (philosophie et science juridique et politique). Chacune de ces thèses prend en charge une question théorique du laboratoire, à savoir la question de la trans-épistémie et celle d’une métrique des politiques publiques fondées sur la dignité. Ainsi, la première thèse consiste à concevoir un cadre durable pour un « espace » de dialogue des savoirs, basé sur une approche respectueuse et équitable, visant à valoriser et à conférer une dignité égale à toutes les formes de savoirs, qu’elles soient académiques, traditionnelles ou émergentes. La seconde thèse traite de l’opérationnalisation de l’approche par les capabilités dans la mise en œuvre des politiques publiques (dans le domaine de la santé) avec pour but ultime de les repenser à l’aune de métriques alternatives que sont la liberté, le bien-être et la dignité.

[1] Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni (2018) – Epistemic Freedom in Africa : Deprovincialization and Decolonization. Routlege [2] Boaventura De Sousa Santos, “Epistemologies of the South”, 2014, Routledge.

Felwine Sarr est universitaire sénégalais et écrivain. Il est Anne-Marie Bryan Distinguished Professeur d’études Romanes et d’Étude Africaines et Africaines-Américaines à l’Université de Duke en Caroline du Nord, et Professeur Titulaire des Universités et Agrégé en économie à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal. Ses travaux académiques portent sur l’économie, l’épistémologie, la philosophie contemporaine africaine. Il est co-fondateur avec Achille Mbembé des Ateliers de la Pensée et fondateur de la Pluriversité Africaine des Savoirs dont il dirige la Recherche. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Dahij (Gallimard, 2009) Afrotopia (Philippe Rey, 2016), Habiter le Monde (Mémoire d’Encrier, 2017), Ecrire l’Afrique-monde (ouvrage collectif codirigé avec Achille Mbembe, Philippe Rey/Jimsaan, 2017), Restituer le patrimoine Africain (Philippe Rey/Seuil, 2018) avec Bénédicte Savoy, Traces (Actes Sud, 2021, traduction en wolof Watit, 2023, éditions EJO), L’Économie à venir (Les liens qui Libèrent, 2021) avec Gaël Giraud, Les lieux qu’habitent mes rêves (Gallimard, 2022), La Fabrique du Présent (Philippe Rey/Jimsaan 2026).

Muhammad BA est enseignant-chercheur en économie à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Il enseigne dans le département d’économie les cours de Théorie du développement et d’Epistémologie. Ses thématiques de recherche articulent les questions de philosophie économique (bien-être, choix social, rationalité, justice distributive, etc.) au champ de l’économie du développement. En plus de ses recherches entamées dans sa thèse de doctorat, Muhammad BA s’intéresse à l’étude des économicités des sociétés africaines à travers l’économie du vivant, de la bioéconomie et l’économie charismatique des monastères chrétiens en Afrique. Il co-dirige avec Felwine Sarr le laboratoire de la Pluralité Epistémique et du Réel de la Pluriversité Africaine des Savoirs.

Séverine Kodjo-Grandvaux est philosophesse, chercheuse associée au Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie de l’université Paris 8 et enseignante à Sciences Po Paris. Elle est l’autrice de Devenir vivants (Philippe Rey, 2021), Philosophies africaines (Présence africaine, 2013), prix Louis Marin de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, et a codirigé l’ouvrage Droit et colonisation (Bruylant, 2005). En 2022, elle a publié avec Achille Mbembe et Rémy Rioux Pour un monde en commun (Actes Sud). Séverine Kodjo-Grandvaux anime également le Laboratoire Économie du vivant de la Fabrique de Suza, au Cameroun, et est directrice adjointe du Laboratoire de la Pluralité épistémique de la Pluriversité africaine des Savoirs. Elle est, par ailleurs, journaliste pour Le Monde.

Cheikh Abdoul Ahad Mbacké Ba est Maître de Conférences titulaire en géographie humaine à l’Institut de Gouvernance Territoriale et de Développement local de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), au Sénégal. Ses recherches s’inscrivent à la croisée de la géographie critique, de l’écologie politique, de la production de l’espace, des études urbaines, du droit à la ville, des études sur la gouvernementalité ainsi que des science and technology studies (STS). Adoptant une posture intellectuelle résolument critique, Cheikh Abdoul Ahad Mbacké Ba s’appuie sur des approches décoloniales et interdisciplinaires. Il s’inscrit dans un double mouvement de désapprentissage des cadres de pensée dominants (Lawhon, 2020) et de provincialisation des savoirs eurocentrés (Chakrabarty, 2007), appelant à un renouvellement profond des sciences sociales contemporaines.Il mène actuellement un projet de recherche centré sur les subjectivités urbaines et la justice spatiale dans les processus de fabrication de l’espace et dans l’exercice du droit à la ville, tel que formulé par Henri Lefebvre (1967). Ce travail interroge les articulations entre politisation et pratiques quotidiennes collectives dans les contextes urbains, en mettant en lumière la manière dont les dynamiques sociales produisent, échangent et mobilisent des ressources — voire des compétences — au service de l’action collective et de la résistance urbaine. Cheikh travaille au sein du Laboratoire de la Pluralité Épistémique et du Réel.

El Hadji Ibrahima Kady SARR est un chercheur comptant dix ans d’expérience dans la gestion de projets. Titulaire d’une licence en administration sociale et économique, d’un master en sciences politiques de l’université Paris XIII Villetaneuse et d’un Diplôme d’Etudes Approfondies en sciences politiques de l’université Gaston Berger de Saint-Louis, il a précédemment travaillé comme consultant junior au sein du cabinet Innovation des Systèmes de Santé en Afrique (ISSA) et a été assistant de programme au sein du Projet Sustaining Health Outcomes through the Private Sector (SHOPS) Plus. Actuellement doctorant en science politique à l’UCAD, SARR travaille sur l’administration, les politiques publiques et le management public au Sénégal et développe ses réflexions au sein du Laboratoire de la Pluralité Épistémique et du Réel.

Simel Sarr est doctorant en philosophie à l’UCAD, chargé d’enseignement et consultant en communication stratégique, marketing digital et gestion des connaissances. Ses travaux portent sur les savoirs africains, les infrastructures épistémiques, la communication du développement et la valorisation de la recherche. Il développe ses réflexions au sein du Laboratoire de la Pluralité Épistémique et du Réel. Par ailleurs, il accompagne également des institutions, ONG, universités et projets de développement dans leurs stratégies de communication et de production de connaissances.

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